07 mai 2021 | Par Philippe Jean Poirier — 37e AVENUE

Un travailleur autonome peut-il prendre un congé de maladie?

La pandémie inflige un stress additionnel à tous les travailleurs et les travailleurs autonomes n’y échappent pas. Le risque de vivre un épisode d’épuisement professionnel n’est alors qu’accru. Comment se préparer et comment réagir devant une telle éventualité?

Dans un monde idéal, les travailleurs autonomes amassent un montant d’argent en prévision des semaines moins occupées ou même des périodes où ils ont besoin de repos.

« Nous conseillons aux travailleurs autonomes de mettre de côté une somme équivalente à six mois de leurs dépenses courantes, dit Caroline Bédard, présidente du regroupement Travailleurs autonomes Québec. De cette façon, non seulement ils seront en mesure de traverser les périodes creuses, mais aussi, en cas d’épuisement professionnel, ils se sentiront plus libres de prendre le temps dont ils ont besoin pour se rétablir complètement. »

Du côté des institutions publiques, l’aide demeure limitée. Le gouvernement du Canada a créé récemment un programme d’assurance-emploi « pour travailleurs autonomes ». Ceux qui « gèrent une entreprise » peuvent ainsi s’inscrire et cotiser à ce programme, qui les rend admissibles — 12 mois après la date d’inscription — à six types de prestations spéciales, dont la « prestation maladie » permettant de recevoir un maximum de 595 $ par semaine, pendant au plus 15 semaines. *Voir note 1

En guise de protection additionnelle, les travailleurs autonomes peuvent se prévaloir d’une assurance invalidité privée afin d’obtenir une couverture répondant mieux à leurs besoins.

« Au Québec, selon mon expérience, la prime d’un bon produit d’assurance invalidité devrait se situer entre 2 et 4 % de notre salaire annuel, estime Alexandre Roy, conseiller en sécurité financière et président du Groupe financier Fortin Roy. Si l'on est âgé, la prime tend vers 4 %, si on est plus jeune, elle s’approche de 2 % », illustre-t-il.

Alexandre Roy ajoute que la prime dépend, d’une part, de la situation personnelle du travailleur autonome (âge, sexe, bilan de santé) et d’autre part, de la couverture qu’il désire obtenir. S’il consent à débourser plus, il est possible de raccourcir le délai de carence habituel de 90 jours à 60 ou à 30 jours et d’allonger la période d’indemnisation (minimum de deux ans) à cinq ans ou plus.

« Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il existe une large gamme de produits répondant à divers besoins », dit le conseiller en sécurité financière.

Comment annoncer la nouvelle à ses clients?

Les travailleurs autonomes contraints de faire une pause professionnelle doivent eux-mêmes en informer leurs clients.

« On peut d’abord se demander s’il est nécessaire de prévenir tous nos clients, avance Sylvie Boucher, psychologue et coach en développement personnel. Si l’on n’a pas de mandat en cours avec un client, on peut simplement lui dire qu’on n’est pas libre. Rien ne nous oblige à mentionner qu’il s’agit d’un épuisement professionnel, surtout qu’il y a encore aujourd’hui de la méconnaissance à ce sujet. »

La situation est plus délicate lorsqu’un mandat doit être interrompu. « Si l’on peut proposer une personne pour nous remplacer, c’est une excellente idée. Ça évite de mettre les clients dans le pétrin », dit Mme Boucher.

Dans le cas d’un départ soudain, le travailleur autonome peut donner un peu plus d’information s’il se sent à l’aise de le faire. Il peut par exemple évoquer « un motif de santé ».

Un autre élément à prendre en considération est la date du retour. « Quand on se retrouve en épuisement professionnel, on ne peut pas savoir à l’avance la date à laquelle on ira mieux », prévient la psychologue. Elle conseille d’éviter de promettre un « retour rapide » ou de s’engager dans d’autres projets.

« C’est important de faire un ménage dans notre tête afin de trouver les raisons pour lesquelles on s’est brûlé, ajoute-t-elle. Autrement, on risque de se brûler à nouveau, alors que l’on est davantage fragilisé. »

Note 1 : Cette information était à jour au 15 avril 2021. Nous vous invitons à vérifier auprès des autorités responsables des programmes si les informations sont toujours valides.

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