13 mai 2021 | Par Vanessa Fontaine – 37e AVENUE

Les travailleurs autonomes subissent les contrecoups de la pandémie

La pandémie de COVID-19 a rendu la vie dure aux travailleurs autonomes. « On est toujours dans l’incertitude. La détresse financière est très grande. La détresse psychologique aussi », relate Caroline Bédard, présidente de Travailleurs Autonomes Québec (TAQ), un regroupement qui fournit du soutien aux travailleurs indépendants et qui vise à faire reconnaître leurs droits.

De nombreux membres de TAQ ont confié à la femme d’affaires vivre la pire période de leur vie professionnelle depuis le début de la crise sanitaire. Près de 85 % des membres s’inquiètent pour leurs finances, alors que 57 % considèrent leur carrière comme étant une source de stress et que 9 % ressentent des symptômes de dépression, d’après un sondage interne réalisé de février à avril 2021 auprès de 1 162 répondants.

Et pour cause : 30 300 travailleurs autonomes québécois se sont retrouvés au chômage en 2020, ce qui représente 15 % des pertes d’emploi recensées à l’échelle de la province, d’après l’Institut de la statique du Québec (ISQ).

Des travailleurs autonomes s’en sont mieux tirés que d’autres, souligne Caroline Bédard, en évoquant ceux qui œuvrent dans le secteur des technologies de l’information.

« Les concepteurs de sites Web roulent sur l’or, mais ceux qui travaillent directement avec le public — comme les coiffeurs, esthéticiennes, ostéopathes et massothérapeutes — ont trouvé ça très difficile. Quand on a confiné [la population] et que tout était fermé, leurs revenus sont tombés à zéro », mentionne-t-elle.

Le secteur de l’information, de la culture et des loisirs, qui retient les services de nombreux travailleurs autonomes, a également souffert. Au total, 33 000 emplois ont été perdus de décembre 2019 à décembre 2020, indique l’ISQ.

Pourquoi?

Comment expliquer que l’année 2020 ait été si horrible pour les travailleurs autonomes et que 2021 le soit tout autant? Caroline Bédard réplique en évoquant l’absence de statut.

« Lorsqu’un salarié appelle à l’Agence du revenu du Canada, les agents savent ce que ça veut dire et comment calculer son salaire brut. Mais lorsqu’on dit qu’on est travailleur autonome, personne ne sait de quoi on parle. Certains pensent même que c’est du travail au noir! Il faudrait établir une définition claire et légale de ce qu’est le travail autonome », affirme-t-elle.

« Ça aiderait aussi nos membres à aller chercher du financement, poursuit la femme d’affaires. L’un de nos membres, qui gagne plus de 200 000 $ par année, me disait récemment avoir de la difficulté à obtenir une carte de crédit parce que la banque ne comprend pas sa situation professionnelle. »

Ce flou complique également l’accès aux programmes d’aide gouvernementale créés pour faire face à la crise sanitaire. Les travailleurs indépendants ne sont pas admissibles à la subvention salariale d’urgence du Canada, par exemple. Ils n’ont généralement pas droit à l’assurance-emploi. Et recevoir la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) peut être ardu pour eux.

« Les formulaires ne sont pas conçus pour nous. On nous demande si nous sommes en recherche d’emploi. Mais un travailleur autonome ne cherche pas un emploi. Il cherche des clients ou des contrats », souligne Caroline Bédard.

Beaucoup de travailleurs indépendants finissent par tomber entre les mailles du filet social. Au Québec, à peine 34 % des artistes ont bénéficié de la PCRE en 2020, selon le quotidien Le Devoir.

« La journée où il y aura une définition claire et légale de ce qu’est un travailleur autonome, ça va régler bien des problèmes », soutient Caroline Bédard, qui estime que de nouveaux programmes mieux adaptés à la réalité de ces travailleurs devraient être conçus au Québec.

En attendant, elle conseille à ceux qui se lancent à leur compte de s’inscrire au Registre des entreprises du Québec. « Beaucoup ne le font pas, mais il est plus facile de vérifier les revenus de ceux qui sont enregistrés. C’est également une manière d’augmenter leur crédibilité auprès de leurs clients », dit-elle.

Et même si la situation est épineuse pour les travailleurs autonomes pendant la pandémie de COVID-19, la présidente de TAQ recommande de voir le verre à moitié plein, plutôt qu’à moitié vide.

« Il ne faut pas dépenser d’énergie inutilement sur ce qu’on ne peut pas contrôler. On ne peut pas contrôler la crise sanitaire », insiste-t-elle.

« Certains de mes clients n’ont pas renouvelé leur contrat parce que leurs revenus ont baissé, ajoute-t-elle. Je les comprends, mais ils vont revenir. »

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